« Putain » de Nelly Arcan

livre-putainJ’ai mis longtemps à terminer ce livre, j’ai eu du mal à le poursuivre parce que je le trouvais cru et peut-être un peu trop à ressasser, l’impression de lire 3 fois la même histoire racontée avec de plus en plus d’acharnement.
Putain raconte donc quelques bribes de la vie d’une prostituée, de comment et pourquoi elle a voulu ce métier; peut-être pour cracher son venin à la face de ses parents, au sien, à celui de son psy.

Le jour, elle est étudiante en littérature, elle préfère étudier le jour garder ce semblant d’existence et avoir sa seconde facette après ses cours.
L’agence dont elle fait partie lui met à disposition une chambre d’hôtel, elle ne doit pas dégrader la chambre et doit au moins vider la poubelle en partant; ce qu’elle ne fait pas toujours, elle aime à contempler le souvenir des hommes passés au fond d’une poubelle, là où finit la jouissance.
Elle passe son temps à feuilleter des magazines féminins en attendant ses clients, se compare, jauge les filles sur papier glacé et réfléchit.
Elle pense à son père très religieux et cherche à démonter ses croyances et son raisonnement, elle pense à sa mère qui « larve » dans son lit à demi-morte, selon ses dires. Elle pense à sa sœur dont elle a fait une putain en prenant son prénom comme pseudonyme, elle pense à son psy rageant qu’il ne se conduise pas comme les hommes qui viennent lui rendre visite.

Est-ce qu’elle est ce qu’on peut appeler une « pute de luxe »?
Toujours est-il qu’elle voyage parfois, qu’elle compte son argent, ne manque de rien et que ce n’est pas dans n’importe quel hôtel qu’elle a une chambre.
Elle brosse aussi le portrait de ses clients qui ne se résume plus qu’à une infinité de sexes en érection, décrit comment elle leur ment en poussant des cris de jouissance à l’extrême, comment elle aime à les humilier s’ils viennent à constater qu’ils ne sont pas les seuls, retrouvant ça et là des poils.

La lecture n’est pas compliquée en soi mais l’auteur fait des retours en arrière, des bonds en avant et toujours considérant âprement le présent.
Pourtant moi qui suis d’ordinaire si négative, cette lecture m’a troublée.
On peut voir les choses comme elles sont ou comme on a envie de les voir.
Cette putain choisit de voir en son psy l’homme qu’elle n’aura jamais puisqu’elle n’a pas droit au bonheur et que, selon ses dires, ça ne lui arrive jamais, jamais elle n’a ce qu’elle veut.
Elle choisit d’incarner sa sœur, décédée sans quoi elle n’aurait jamais existé.
Elle voudrait se trouver face à face avec son père lors d’un rendez-vous et elle rejette sa mère tout en l’incarnant dans son immobilisme et sa dépression.

Je me demande si tout ça n’a pas été écrit pour mettre mal à l’aise les hommes qui louent les services des prostituées… Punir le lecteur pour ne pas s’en prendre au client qu’elle semble pourtant mépriser ou du moins remettre à sa place de client après le passage duquel elle pourrait crier, comme Brel: « Au suivant! ».

Qu’est-ce que j’ai appris dans ce livre?
Qu’il y a résolument plus négatif que moi, elle ne s’attaque pas directement mais attaque ses parents et elle à travers, je trouve cela insidieux.
A la fin, après avoir lu le livre, on espère juste que les choses vont s’arranger!

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