« Histoire d’O » de Pauline de Réage

Histoire d’O est très souvent considéré comme un classique de la littérature BDSM.
Écrit par Anne Desclos, connue sous les pseudonymes de Dominique Aury ou encore ici Pauline Réage, ce roman est paru en 1954 et ce n’est qu’en 1994 qu’elle admet en être l’auteur.
Le destinataire de cette lettre d’amour sous forme de livre est son collaborateur, Jean Paulhan dont elle est amoureuse et sera pour ainsi dire mise au défi par quelques mots de son amant: « Les femmes ne peuvent pas écrire de romans érotiques ». C’est lui qui insistera pour que le livre soit publié et visible aux yeux de tous.

Pauline de Réage fera ce que d’autres facettes ne peuvent faire à sa place, n’ayant pour elle que l’écriture afin de tenir en haleine un Jean Paulhan las et qui semble s’éloigner d’elle.

Odile devient alors O, rond parfait de la bouche qui en exhale le son, trou béant d’un organe livré à tous venants, cercle sans commencement ni fin…
Un peu comme le roman!

Lorsque l’on fait la connaissance d’O elle est déjà amoureuse et très attachée à Renée, son amant dominateur, elle est déjà initiée et sait plus ou moins obéir. Il a décidé de franchir une étape, d’éduquer O à recevoir et à être utilisée de tout homme comme s’il s’agissait à chaque fois de charmantes attentions à son égard de la part de son bien-aimé, tout autant des sexes anonymes que le fouet.
Cela se passera dans un lieu nommé Roissy, toute soumise y ayant séjourné reçoit en cadeau à la fin de son apprentissage une bague en fer qui, pour ceux qui en connaissent le sens, leur permettent d’user d’O à leur convenance.

Renée lui présentera ensuite son demi-frère, qu’O n’appellera jamais autrement que Sir Stephen et peu à peu, de soirées en soirées le trio ne sera plus qu’un duo, Renée s’effaçant chaque fois un peu plus.
Sir Stephen est bien plus sévère que l’ancien propriétaire d’O et cela n’est pas pour déplaire à cette dernière mais, elle aime Renée et cela ne se fait pas sans larmes.
Tandis que Sir Stephen éprouvera une affection peu commune pour sa nouvelle soumise, future esclave, qui ne s’en rendra que peu compte.

O travaille comme photographe dans une agence et Renée avant de l’abandonner tout à fait la prie bientôt de trouver une autre fille, qui sera tout comme elle initiée; il s’agit de Jacqueline, un jeune mannequin qui, sans le sou et vivant dans un appartement immonde avec sa famille, habitera un temps avec O.
Jacqueline sortira avec Renée, ce qui enflammera et alimentera toujours la jalousie d’O, avant d’elle-même faire un séjour à Roissy.
Jacqueline a une petite soeur: Nathalie.

Par la suite, O poursuit son perfectionnement avec Sir Stephen, elle lui est quasimment exclusivement réservée hormis lors de son séjour chez Anne-Marie qui forme un petit cheptel de soumises qui lui sont confiées.
A l’exception de la maîtresse des lieux, elles vivent nues et partagent leurs loisirs centrés autour du fouet, et s’occupent en dessinant, lisant, jouant aux cartes, se laissent dorer au soleil et parfois, partagent la couche d’Anne-Marie la nuit venue.
C’est ici qu’O sera, à l’issue de son passage, annelée sur le désir de Sir Stephen, et marquée du chiffre de son Maître. Si se faire percer semblera à O moins difficile que le fouet, se faire marquer au fer rouge la fera tourner de l’oeil. Une douleur foudroyante et peu à peu la perte de la conscience, ses yeux ne voyant, avant un rideau noir, que le visage de son maître inquiet pour son esclave.
Car, tel était le but de ce stage chez Anne-Marie, faire d’O une esclave docile formée telle que la souhaite Sir Stephen.

Les jours sembleront s’écouler de façon heureuse, Sir Stephen fier de posséder O et elle assumant totalement sa condition.
Jusqu’à des retrouvailles, des vancances: Renée et Jacqueline ainsi que Nathalie, Sir Stephen, sa servante et O.
Entre chaleur, nouveautés, jalousies féminines et ombres fraîches, Nathalie admire sans bornes O, elle veut être comme elle mais elle est trop jeune, alors elle suivra O comme son chien et fera sa camériste.

Le triomphe de O se fait lors d’une soirée, la dernière du livre ou sous le masque choisit avec soin par son maître, la chouette O se montrera en tant qu’esclave ayant atteint la perfection de son art, ayant donné sans compter, ayant été au bout de tout ce qu’elle pouvait donner, arrivant à un état de grâce: un objet exemplaire que l’on a plaisir à posséder.

La fin n’est pas figée, elle fait état d’O abandonnée par Sir Stephen, soit retournant à Roissy, soit mourant de la main de son maître.

Histoire d’O, c’est « une destruction dans la joie » d’après son auteur.
Le BDSM y est un paysage, l’abandon de soi absolu en est le sujet.
O est incomplète sans un homme, un maître; se donner est sa raison de vivre, sa façon d’être entière.

La première fois que j’ai lu ce livre, j’étais à l’université, le sujet du semestre était « L’érotisme dans l’art », pour me documenter j’ai acheté quelques livres un peu au hasard, celui-ci en faisait partie.
J’ai été fascinée par tout l’amour dont était capable O et j’ai réalisé que même s’il s’agissait d’un roman, ce genre de vie, d’aventures pouvaient exister.
J’ai été émue aux larmes lorsque Renée l’abandonna, moi-même n’ayant pas alors encore connu de véritable rupture à ce moment là.
C’est pour moi un roman d’amour au sens large, le fouet en accessoire, une façon de mettre un pied léger dans un monde où l’acceptation de soi puis l’engagement que l’on prend a vraiment un sens… Du moins, a eu un écho chez moi.

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